Un pasteur doit crucifier le désir d'être populaire

Dernière mise à jour : 10 janv.

Je ne connais aucun pasteur qui n'estime pas l'appel au ministère comme l'un des plus grand privilège de sa vie. Mais tous témoignent aussi que cela vient avec son lot d'épreuves et de fardeaux particulier. Quelqu'un a déjà dit qu'avec de grand privilège viennent de grandes responsabilités, et c'est bien le cas de la charge pastorale. Cependant, nous oublions souvent que la première responsabilité du pasteur n'est pas de surveiller le troupeau, mais bien de veiller d'abord sur sa propre âme. Lui-même, puis l'assemblée ; voilà l'ordre que l'apôtre Paul donna aux anciens de l'église d'Éphèse :

"Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au milieu duquel l'Esprit Saint vous a établis surveillants [...]" (Actes 20.28)

En cette époque des réseaux sociaux et de l'accessibilité mondiale à partir du comfort de notre maison, je suis personnellement convaincus que l'une des tentations qui assaillent le plus les pasteurs est le désir ô combien pernicieux de vouloir être populaire dans l'Église. Il y à quelques semaine, alors que j'étudiais davantage l'époque communément appelée l'ère des Pères de l'Église, j'ai découvert un texte poignant de Grégoire "le Grand", l'un des plus imminent pasteur de Rome (590-604), à propos de cette tentation particulière. J'ai voulu vous la partager, car je crois que ce qu'il écrit est tout aussi pertinent pour nous aujourd'hui. Tout le reste de l'article est donc un extrait qui se trouve au chapitre 8 de Pastoral Care :


"Le pasteur doit veiller soigneusement sur lui-même, au cas où le désir d'être populaire l'assaillirait. Lorsqu'il étudie pour comprendre les choses spirituelles et qu'il exerce son ministère auprès de son peuple, il doit veiller à ne pas essayer de faire en sorte que la congrégation l'aime plus qu'elle n'aime la vérité. Il doit prendre garde au cas où son amour-propre le mettrait à distance de son Créateur, même si sa bonne vie semble montrer qu'il n'appartient pas à ce monde. En effet, l'homme devient un ennemi du Rédempteur si, par ses bonnes œuvres, il convoite d'être aimé par l'Église plutôt que par le Christ : de même qu'un serviteur, envoyé par l'époux avec des cadeaux pour la mariée, est coupable de pensées perfides s'il désire attirer à lui les regards de la mariée.


En effet, une fois que cet amour-propre s'est emparé de l'esprit d'un pasteur, il l'entraîne parfois trop loin dans la douceur, et parfois dans la rudesse. D'un côté, l'amour-propre peut rendre l'esprit d'un pasteur mou, de sorte que lorsqu'il voit les membres de son troupeau pécher, il n'ose pas les réprimander, au cas où cela affaiblirait leur amour pour lui. Il arrive même qu'il adoucisse leurs péchés par des flatteries, alors qu'il aurait dû les réprimander. C'est ainsi que le prophète dit avec sagesse :

"Malheur à ceux qui mettent des coussins sous chaque coude et des oreillers sous chaque tête !" (Ézéchiel 13.18, traduction de la Vulgate).

Mettre des coussins sous tous les coudes, c'est chérir par de douces flatteries les âmes qui glissent de leur droiture et se couchent dans les jouissances de ce monde. Lorsqu'un pasteur s'abstient de faire des reproches désagréables à celui qui pèche, et qu'il lui offre au contraire la douceur d'une faveur afin qu'il puisse s'allonger doucement dans l'erreur sans être troublé par la rudesse de la contradiction, c'est comme si le coude d'une personne allongée reposait sur un coussin et sa tête sur des oreillers. C'est ainsi qu'un pasteur dominé par l'amour-propre traite ceux qu'il craint de voir lui nuire dans sa quête de la gloire mondaine.


Mais d'autres, dont le pasteur voit qu'ils n'ont aucun pouvoir contre lui, les tient à terre avec la rudesse d'une sévère réprimande sans jamais les avertir avec douceur, mais (oubliant toute bonté pastorale) en les terrifiant avec la puissance de la domination. De tels pasteurs, Dieu les condamne à juste titre par l'intermédiaire du prophète, en disant :


"Vous n’avez pas fortifié celle qui était faible, guéri celle qui était malade, pansé celle qui était blessée; vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue; mais vous les avez dominées avec violence et avec dureté." (Ezéchiel 34:4).

S'aimant eux-mêmes plus que leur Créateur, ces pasteurs s'élèvent fièrement au-dessus de ceux qui sont sous leurs ordres ; ils ne pensent pas à ce qui est de leur devoir de faire, mais à ce qui est en leur pouvoir de faire. Ils n'ont pas peur du jugement futur, mais se glorifient avec arrogance du pouvoir mondain. Il leur plaît de se sentir libres de commettre même des iniquités, et de ne laisser personne sous leurs ordres les contredire. Celui qui veut faire de mauvaises choses et qui souhaite que tout le monde ferme les yeux et le laisse faire, témoigne contre lui-même qu'il désire que les gens l'aiment plus qu'ils n'aiment la vérité, parce qu'il ne veut pas que quelqu'un défende la vérité contre sa fausse conduite. Aucune âme vivante n'évite complètement ce péché.


Mais une personne qui désire que la vérité soit aimée plus qu'elle-même souhaite que personne ne l'épargne si elle offense la vérité. C'est pourquoi Pierre a accepté de bon gré la réprimande de Paul (Gal. 2.11) ; c'est aussi pourquoi David a humblement écouté la réprimande de Nathan (2 Sam. 12.7).


Rappelez-vous aussi qu'il est juste que les bons pasteurs désirent plaire aux gens : non pas parce que le pasteur aspire à être aimé lui-même, mais parce qu'il désire, par la douceur de son propre caractère, attirer ses voisins vers la vérité. Le bon pasteur fait de l'affection pour lui-même une sorte de chemin par lequel il conduit le cœur de ses auditeurs à l'amour du Créateur. Il est très difficile pour les gens d'écouter avec plaisir un prédicateur qu'ils n'aiment pas, même s'il prêche bien. Ainsi, celui qui est pasteur doit s'efforcer d'être aimé afin que les gens l'écoutent, mais il ne doit pas chercher leur amour pour lui-même."


Soli Deo Gloria

Vincent Lemieux

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