Wilhelmus À Brakel : Les enfants de Dieu sont les héritiers de la Terre.

Wilhelmus à Brakel (1635-1711) était un représentant majeur de la Nadere Reformatie (Deuxième Réforme Néerlandaise ou Réforme ultérieure), et un contemporain de Gisbertus Voetius et d'Herman Witsius. Son ministère pastorale à Rotterdam (1683 à 1711) a été marqué par la publication monumentale d'un ouvrage en quatre volumes intitulé le Redelijke Godsdienst (Le Service Raisonnable du Chrétien/The Christian's Reasonable Service) qui était une théologie systématique écrite pour les membres de la congrégation. L'ouvrage est imprégné de l'application pratique et expérimentale des doctrines exposées, établissant ainsi la relation vitale entre la vérité objective et l'expérience subjective de cette vérité.


Il est l'un des mes auteurs préférés. C'est pourquoi je vous partage aujourd'hui une minime section qu'il écrit dans son deuxième tome, au chapitre sur la doctrine de l'adoption des enfants de Dieu. Alors qu'il écrit les bénéfices glorieux qui sont les nôtres puisque nous sommes adoptés en Christ, il rappel que l'un de ceux-là est le fait que les enfants de Dieu sont les héritiers de la terre.

"Lorsque Dieu a créé notre premier père Adam, il l’a désigné pour être le seigneur de toutes choses.

« […] remplissez la terre, et assujettissez-la ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (Genèse 1.28)

L’homme, ayant péché, a été privé de cette domination ; mais Dieu, ayant rétabli et restauré ses élus dans [la personne du­] Christ, les rend participants de toutes choses :

« Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-­il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ? » (Romains 8.32)
« […] tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit présent, soit avenir : tout est à vous […] » (1 Corinthiens 3.21-22).

Objection : Les saints ont généralement la plus petite part dans ce monde. Comment toutes choses peuvent-elles donc être à eux ? Et de quelle manière ont-ils la domination sur tout ?


Réponse : Un roi est propriétaire de ses ustensiles de cuisine, même s’il ne les utilise ni ne les contrôle. Le fils du roi est propriétaire en raison de son droit à la couronne, même s’il ne possède pas encore le royaume. Un propriétaire est détenteur de la terre qu’il met en location, même s’il ne l’utilise pas ; il en est de même ici.


1) Les enfants de Dieu sont propriétaires de toutes choses ; toutes choses leur appartiennent. Ils n’empiètent pas sur la propriété d’un autre homme ; ils mangent leur propre nourriture, ils n’ont pas de vêtements empruntés, ils n’habitent pas dans les maisons d’autrui et ils n’utilisent pas les animaux d’autrui. Ils ne voient pas un soleil étranger ni ne vivent d’un air étranger ; tout est à eux. Ils ont un droit sur tout cela, et leur Père le leur a donné.


Même si le monde considère que cette propriété n’est qu’imaginaire, c’est pourtant la vérité. D’autres peuvent avoir des biens importants et étendus, mais ils les ont comme des esclaves qui portent les biens de leur maître pour ses enfants, et comme des soldats qui protègent leurs maîtres. Les impies devraient remercier les [enfants de Dieu] d’être en vie et d’avoir une miette pour toute leur activité, car si [les saints] n’étaient plus là, ils seraient tous en enfer. [Ces gens-là] vivent des biens des saints. Dieu leur permet d’en user dans sa grâce commune, et les saints n’en ont pas moins.


2) Tout ce que les saints peuvent posséder et utiliser, ils peuvent l’avoir par la faveur de leur Père. Tout ce qui existe sert les impies sans le vouloir ; tout gémit contre eux (Rom. 8.20, 22). Cependant, tout ce qui est utilisé par les saints servira le but pour lequel il a été fait.


3) Tout ce qui existe sert les saints. Le soleil, la lune et les étoiles sont là pour les éclairer et les réjouir ; la terre, dans toute sa plénitude, est là pour les nourrir, les vêtir et les divertir. L’oiseau dans le ciel, l’animal sur la terre et le poisson dans l’eau existent pour eux. Le diable en enfer doit les servir, même si c’est pour les sanctifier (2 Cor. 12.7), bien que ce ne soit pas son objectif.


Toutes les activités et tous les travaux des impies sont en fin de compte subordonnés aux saints pour l’âme et le corps. Les anges eux-mêmes (oh, bonté merveilleuse !) sont :

« […] des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut. » (Hébreux. 1.14).

Ainsi, les enfants de Dieu sont souvent « comme n’ayant rien, et possédant tout. » (2 Cor. 6.10). Le Seigneur Jésus, par sa pauvreté, les a rendus riches (2 Cor. 8.9). C’est pourquoi, enfants de Dieu, considérez-vous comme ayant une position très élevée et comme étant très riches ; cependant, vous devez savoir que ce n’est qu’un don supplémentaire, et que ce n’est rien comparé aux biens spirituels que vous possédez et que vous anticipez."


Pour Wilhelmus À Brakel, cette réalité des enfants de Dieu change concrètement la manière dont nous vivons quotidiennement. C'est pourquoi il prend la peine d'écrire ce qui suit :


"1) Puisque vous êtes le maître de toutes choses, avec quel esprit princier vous devez considérer que tout vous est soumis.


Vous ne devez permettre à rien, ni à l’argent, ni à la nourriture, ni aux hommes, ni aux honneurs, ni à quoi que ce soit d’autre, de vous soumettre à son pouvoir, de vous dominer, de détourner vos affections et d’ainsi, vous soumettre à lui.


2) Puisque vous êtes maître et possesseur du monde, pourquoi êtes-vous si préoccupé et inquiet, craignant qu’un jour vous soyez encore dans le besoin ?


Pourquoi êtes-vous si occupé à amasser de l’argent et des biens, puisqu’ils sont tous à vous — autant ce que vous avez amassé que ce que vous ne possédez pas ?


3) Puisque vous êtes maîtres de toutes choses, utilisez toutes choses en tant que propriétaires.


Utilisez le ciel et la terre de cette façon, regardez tout de cette façon, et réjouissez-vous de ce que vous voyez, entendez, sentez et goûtez. Veillez cependant à vous conduire en bon maître et à vous abstenir de toute tyrannie, en utilisant et en gouvernant de cette manière tout ce que le Seigneur vous donne pour votre usage — qu’il s’agisse de vos animaux, de vos serviteurs et de tous ceux qui sont sous vos ordres ou qui travaillent pour vous.


4) Puisque vous êtes maîtres de tout, veillez à ne pas utiliser des moyens illicites pour acquérir vos biens, mais recevez tout de la main de votre Père, quelle que soit la quantité qu’il veuille bien vous donner pour votre usage ; cela vous suffira si vous utilisez les moyens qu’il vous a prescrits.


Un enfant unique est héritier de tous les biens qui sont dans la maison de ses parents. Mais s’il retire quelque chose de cet héritage contrairement à la volonté de ses parents, il les mettra en colère ; il en est de même ici. Vous pouvez manger librement de tous les arbres du jardin de ce monde, mais prenez garde à l’arbre appelé péché. Soyez satisfaits de ce que votre Père vous accorde. Il vous donnera tout ce qui vous suffit ; et si ce n’est pas selon vos désirs insensés, ce sera au profit de votre santé [spirituelle]. C’est pourquoi vous pouvez dire en toute liberté et avec foi :

« L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. » (Psaume 23.1)

5) Puisque vous êtes maître de toutes choses, n’oubliez pas votre humble origine, afin que le proverbe suivant ne vous soit pas applicable : « Quand rien devient quelque chose, quelque chose ne se connaît plus. »


Sachez que vous êtes des pécheurs, indigne de recevoir quoi que ce soit. Sachez que le Seigneur ne vous a tous accordé que par pure bonté et qu’il vous a richement donné de tout pour que puissiez en jouir (1 Timothée 6.17). Puisque vous avez tout reçu, ne vous vantez pas comme si vous ne l’aviez pas reçu et qu’aviez tout cela de vous-même."


Dans l'espoir que ce court extrait de mon cher Wilhelmus À Brakel nourrit votre réflexion.



Vincent Lemieux

Soli Deo Gloria



(L'extrait est tiré de Wilhelmus À Brakel (1993). The Christian’s Reasonable Service (J. R. Beeke, Ed. ; B. Elshout, Trans. ; Vol. 2, pp. 424-426). Reformation Heritage Books. Traduction libre.)

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