En passant, l'obéissance civile n'est pas le seul commandement de Dieu.

Dernière mise à jour : 11 janv.

Voici le nouveau mantra évangélique du moment : tu ne désobéiras jamais au gouvernement, sauf si celui-ci t’interdit explicitement de confesser et prêcher Christ. Le fait que plusieurs de ceux qui liront cette affirmation se demanderont si je me suis cogné la tête pour y voir un problème est la preuve que ce mantra est bien intégré dans nos églises et dans nos pensées.

Je tiens à préciser que mon article ne se veut en aucun cas un encouragement à la désobéissance civile. Mais je vois une polarisation se créer dans le monde évangélique québécois qui m’inquiète et qui... m’énerve. Dans un extrême, il y une minorité de confessant qui crient au complot, à la fin du monde, à la marque de la Bête, à la désobéissance civile sur toutes les mesures sanitaires, etc. Mais il s’est tranquillement créé un autre extrême, et cet extrême est malheureusement composé d’une majorité. Ce qui m’inquiète est que la plupart ne se sont même pas aperçus qu’il ont tranquillement bifurqué d’une position plus équilibrée à une position immodérée.


Je fais référence à ce discours dominant chez les responsables et membres d’églises, qui appellent constamment à l’obéissance civile pour tout, tant que cela n’est pas une interdiction explicite de prêcher Christ. Le problème n’est pas de rappeler le principe biblique de la soumission aux autorités. Le problème est lorsque c’est le seul commandement divin que nous prêchons, comme si cette loi de Dieu était supérieure à toutes les autres. Le problème est lorsque nous commençons à polariser le monde évangélique en méprisant et considérant immature des chrétiens matures et sincères qui ont des problèmes de conscience à obéir au gouvernement sur telle et telle chose parce qu’ils considèrent que ce serait une désobéissance à d’autres commandements de Dieu. Le problème est lorsque nous ne réfléchissons même plus à la relation qu’ont les lois de Dieu entres-elles et aux conséquences à court et long terme de certains choix que nous faisons. Le problème est lorsque nous prenons le chemin facile du « Dieu nous dit, noir sur blanc, d’obéir au gouvernement, donc un point c’est tout », pour éviter le chemin ardu et pénible des longues réflexions qui mènent parfois à de dures décisions.


Je sais que beaucoup de chrétiens réfléchissent bibliquement à ces questions et arrivent à des conclusions opposées. Je dis amen à cela. Mon but avec cet article n’est pas de défendre telle ou telle position, mais de défaire le mantra actuel qui est en train de détruire la réflexion, d’empêcher les saines discussions et de creuser le fossé de la polarisation des extrêmes.


Je tiens donc à seulement rappeler quelques principes bibliques important dans notre réflexion commune sur l’obéissance de l’Église au gouvernement.



1) Premièrement, n’oublions pas que l’obéissance civile n’est pas le seul commandement de Dieu.


Il est étrange que je trouve nécessaire de nous rappeler cette vérité pourtant évidente, mais c’est le cas. Voyez-vous, j’ai l’impression que l’une des plus grandes craintes en ce moment est de désobéir au gouvernement. Je sais que la majorité de ceux qui ont cette crainte sont animées de la crainte de Dieu. Nous devrions tous avoir cette crainte, car c’est réellement le Seigneur qui nous dit :

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. » (Romains 13.1-2)

Mais comme mentionné plus haut, le problème est que ce n’est pas le seul commandement que nous devrions vouloir obéir par crainte du Seigneur :

« Tu rassembleras le peuple, les hommes, les femmes, les enfants, et l’étranger qui sera dans tes portes, afin qu’ils t’entendent, et afin qu’ils apprennent à craindre l’Éternel, votre Dieu, à observer et à mettre en pratique toutes les paroles de cette loi. » (Deutéronome 31.12)
« Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, deviens coupable de tous. » (Jacques 2.10)

Je ne mentionne pas ces versets pour essayer de promouvoir un légalisme qui cherche à obéir aux divers commandements afin de s’assurer les faveurs du Seigneur. Mais ces passages démontrent quand même que la vraie crainte du Seigneur pousse celui qui en est animé à vouloir obéir à toutes les lois du Seigneur. Notre réflexion n’est donc pas terminée lorsque nous prônons l’obéissance civile, encore faut-il se demander si cela est la meilleure manière d’obéir à tout le conseil de Dieu. Ce qui ouvre la porte au deuxième principe.


2) Deuxièmement, n’oublions pas que tous les commandements de Dieu n’ont pas la même priorité.


Lorsque nous sommes animés de la crainte du Seigneur et par le désir de vouloir obéir à tous ses commandements, nous allons inévitablement rencontrer des chemins croisés où il nous faudra choisir entre tel ou tel commandement. La raison est parce que dans certains contextes, certaines lois de Dieu sont supérieures à d’autres. Voici un exemple frappant que le Seigneur Jésus lui-même utilise :

« En ce temps-là, Jésus traversa des champs de blé un jour de sabbat. Ses disciples, qui avaient faim, se mirent à arracher des épis et à manger. Les pharisiens, voyant cela, lui dirent : Voici, tes disciples font ce qu’il n’est pas permis de faire pendant le sabbat. Mais Jésus leur répondit : N’avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui ; comment il entra dans la maison de Dieu, et mangea les pains de proposition, qu’il n’était permis de manger, ni à lui, ni à ceux qui étaient avec lui, et qui étaient réservés aux sacrificateurs seuls ? Ou, n’avez-vous pas lu dans la loi que, les jours de sabbat, les sacrificateurs violent le sabbat dans le temple, sans se rendre coupables ? Or, je vous le dis, il y a ici quelque chose de plus grand que le temple. Si vous saviez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents. » (Matthieu 12.1-7)

Imaginez, ce n’était pas une autorité humaine qui avait interdit à quiconque sauf le sacrificateur de manger les pains de proposition, c’était Dieu lui-même ! Et cette loi était si sérieuse que celui qui y désobéissait risquait des conséquences très graves. Mais surprise, le Seigneur Jésus approuve le geste de David.


Pourquoi ? Parce Dieu avait donné un commandement supérieur à celui-ci, qui était la miséricorde. Je crois que nous pouvons même affirmer qu'Achimélec aurait était chargé d’un péché s’il n’avait pas permis à David et ses hommes de se nourrirent, en affirmant : Tu ne peux pas manger ces pains, car ainsi dit l’Éternel :

« Chaque jour de sabbat, on rangera ces pains devant l’Éternel, continuellement : c’est une alliance perpétuelle qu’observeront les enfants d’Israël. Ils appartiendront à Aaron et à ses fils, et ils les mangeront dans un lieu saint ; car ce sera pour eux une chose très sainte, une part des offrandes consumées par le feu devant l’Éternel. C’est une loi perpétuelle. » (Lévitique 24.8-9)

Dans ce contexte précis, les commandements d’aimer son prochain et de faire miséricorde étaient supérieurs à cela. Évidemment, cela ne veut pas dire que peu importe le contexte, ce n’était pas grave de donner des pains de propositions à qui le veut. C’est comme ce que Jésus enseigna sévèrement :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Conducteurs aveugles ! qui éliminez le moucheron, et qui avalez le chameau. » (Matthieu 23.23-24)

Ainsi, d’obéir au gouvernement ne veut pas dire de le faire au détriment des autres commandements du Seigneur. Lorsque nous sommes à la croiser des chemins entre deux lois, ll faut nous arrêter, réfléchir, prier, méditer et choisir en toute bonne conscience le commandement qui nous apparaît le plus important dans le contexte.


Frères et sœurs, arrêtons de polariser et de répéter des mantras appris par cœur ! Réalisons que des frères et sœurs aussi matures que nous dans la foi et dans l’étude de la Parole peuvent, dans leur conscience, décider d’obéir ou de désobéir au gouvernement - non par insoumission, non par orgueil, non par manque de sagesse - mais simplement parce qu’ils sont convaincus que cela est la manière d’obéir le plus droitement au Seigneur qu’ils aiment ! Arrêtons donc de considérer comme des lépreux ceux et celles qui arriveraient à des conclusions différentes sur certains points dans leurs études des Écritures.


Obéir au gouvernement n’est ni le onzième commandement, ni le résumé de la Loi, ni la Loi des lois de Dieu. C’est une loi importante parmi beaucoup d’autres importantes. Sans donner mon opinion, voici des exemples :


– En ce moment, le gouvernement exige d’isoler nos cellules familiales. Mais Dieu dit :

« N’oubliez pas l’hospitalité. » (Hébreux 13.2)

Que fais-tu ?

– Les visites dans les prisons ne sont pas permises en ce moment. Mais Dieu dit :

« Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi prisonniers. » (Hébreux 13.3)

Que fais-tu ?


– Dans bien des situations, le gouvernement interdit de visiter les malades. Mais Dieu dit :

« Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que les anciens prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur. » (Jacques 5.14)

Et Jésus témoigne en ces mots :

« [...] j’étais malade, et vous m’avez visité. » (Matthieu 25.36)

Que fais-tu ?

– À part l’exception d’une personne seule (avec ou sans enfants) qui se joint à une cellule familiale, le gouvernement interdit que les familles s’accueillent dans leurs maisons. Mais Dieu dit :

« Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. » (1 Timothée 5.8)

Que fais-tu ?


– Le gouvernement exige aux églises de laisser entrer au culte du Seigneur seulement ceux qui ont reçu deux doses de vaccin. Le but publiquement annoncé est de mettre de la pression sur les non-vaccinés. Mais Dieu dit :

« Accueillez celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas les opinions. Tel croit pouvoir manger de tout ; tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes. Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? [...] Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas chercher ce qui nous plaît. Que chacun de nous plaise au prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification. » (Romains 14.1-4 ; 15.1-3)

Que fais-tu ?


Voyez-vous pourquoi nous ne pouvons pas balancer à tout vent un « Dieu dit d’obéir au gouvernement, point final. » Plusieurs chrétiens pourraient arriver à des réponses différentes en ce qui concerne les versets cités plus haut.


3) Troisièmement, n’oublions pas que l’interdiction de prêcher Christ n’est pas la seule chose qui justifie la désobéissance civile.


Nous sommes tous d’accord pour dire que si l’État demande à l’Église d’arrêter de prêcher telle ou telle doctrine, ou de ne pas publiquement annoncer Christ, nous ne devons pas nous soumettre.

"Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes." (Actes 5.29)

Mais, voyez-vous, ce passage n’indique pas que la seule fois où il est permis de désobéir aux autorités est lorsque celle-ci nous demande de ne pas prêcher Christ. En réalité, ce passage enseigne simplement et clairement qu’il faut désobéir aux autorités si ce qu’elles demandent est en contradiction avec le commandement de Dieu. Dans le cas des apôtres, Dieu leur avait commandé de prêcher Christ. Il ne pouvaient donc pas désobéir. Mais comme j’ai écrit plus haut, Dieu a ordonné beaucoup de choses à son Église. Il ne faut pas seulement obéir pour la proclamation de l’Évangile, mais pour toutes les lois du Seigneur.


Dans le fond, nous savons tout cela, mais nous l’avons oublié. Car si demain matin le gouvernement annonçait qu’à partir de maintenant, c’est lui qui décide qui est pasteur dans les églises et qui est mis sous discipline, nous soumettrions-nous ? Nous pourrions continuer à prêcher Christ sans problème, mais ces choix-là, c’est l’État qui déciderait. Je suis persuadé que vous serez tous d’accord avec moi qu’il faudrait résister.

Nous sommes donc tous d’accord pour dire que la désobéissance civile est justifiable dans bien plus de cas que dans l’interdiction de confesser et prêcher Christ.


Je vais arrêter l’article ici, puisqu’il est déjà assez long. Que Dieu nous aide à réfléchir, à l’honorer, à nous aimer les uns les autres, et à agir pour sa gloire. Je vous aime beaucoup.


Vincent Lemieux

Soli Deo Gloria

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